Présentation du film Le Voleur de Lumière d'Aktan Arym Kubat
au Cinémistral de Frontignan, 17 mai 2011, Hélène Morsly


Je pense que le rapport politique au monde est essentiel. Ce rapport politique, c'est la volonté de comprendre ce qu'il nous arrive. De prendre ce qu'il nous arrive non pas comme des catastrophes inéluctables ou des conséquences d'un quelconque destin, mais bien comme des éléments conséquents de constructions, de systèmes, de logiques à l'œuvre, de choix politiques. Alors on me demande souvent pourquoi je ne fais pas de politique, au sens strict du terme. Je réponds en boutade qu'il faut bien qu'il y en ait qui fassent du cinéma. Quand j'ai vu la fin de ce film, quand j'ai été atteinte de manière poignante par l'issue de cette histoire, je me suis dit dans mon fauteuil : « et bien voilà, c'est bien la preuve qu'il faut qu'il y en ait pour faire du cinéma ». Nous sommes, il me semble, avec ce récit simple, efficace ô combien, au cœur de cette croyance que le cinéma peut raconter des histoires au monde entier en partant de quelque part. D'un point particulier du monde. Je pense qu'il faut croire dans le cinéma quand on en fait. Croire que la portée universelle des images et du récit est quelque chose de fondamental et de bouleversant. Et que c'est cette croyance seule qui rassemble, unit des spectateurs dans une salle.

Ce récit part d'un village du Kirghizstan et nous arrive ici, à Frontignan, et il n'y a pas dans le fait de ce « localisme » une réduction du propos mais bien une universalité. Cela paraît évident, et pourtant… combien de fois faudra-t-il le répéter ? Que pour parler du monde, pour parler au monde, il faut parler de quelque part. Que la question de l'identité locale n'est pas quelque chose de réducteur, à condition que cette identité soit tranquillement assumée et non faussement grimée, folklorisée. J'aime beaucoup les films de Pagnol, je pense qu'ils touchent à l'universel par leur propos, par le sens du tragique qu'ils portent et je suis toujours en colère de voir ou d'entendre qu'ils sont réduits à un localisme rigolard sous prétexte qu'ils ont de l'accent et qu'on y boit des picons citron curaçao à quatre tiers. Réduits à des « pagnolades »… Je déteste ce mot. L'humour fait partie du tragique de l'existence et il nous est indispensable. Je ne vois pas en quoi cela réduirait la portée d'une œuvre.

Enfin, il y a de la liberté dans ce film. Dans la manière de filmer, de faire travailler les gens ensemble, de manier l'humour et le tragique, de construire un récit par touches successives. Et cette liberté souffle aussi fort que le vent de ces terres.

En résumé, j'ai aimé ne rien savoir du Kirghizstan en allant voir ce film, et j'ai aimé sortir de la salle en ayant rencontré des gens que j'aurais eu envie de connaître, voire de prendre dans mes bras. C'est par l'attachement aux gens vus à l'écran que le lien s'est fait et c'est bien cela, je crois vraiment, la force du cinéma.

La culture
Le travail
Le territoire
Le nucléaire
Le voleur de lumière
Jean Vilar
Ici Sète, pour moi
Pierre François, peintre public